Taux d’intérêt: ne pariez pas sur une hausse prochaine

Entre une inflation plus faiblarde qu’elle ne le souhaiterait et un marché du travail qui atteint le plein emploi, la Réserve fédérale (Fed) devrait opter pour la patience lors de sa réunion monétaire mardi et mercredi, estiment les analystes.

 

Le Comité monétaire de la banque centrale(FOMC) qui a déjà relevé deux fois modestement ses taux d’intérêt cette année, se retrouve cette semaine pour une réunion ordinaire–sans conférence de presse–qui devrait déboucher sur un statu quo. Sa décision sera annoncée mercredi à 14h dans un communiqué.

 

Mais la Fed pourrait en dire davantage sur son projet de réduire le volume de ses actifs à son bilan, une démarche qui revient à resserrer également le coût du crédit.

 

«Alors qu’il y a des chances que ce communiqué annonce le début de la normalisation du bilan de la Fed pour septembre, nous ne prévoyons aucun signe d’une hausse imminente des taux», a résumé Andrew Hunter de Capital Economics.

 

L’inflation a ralenti ces derniers mois pour rester obstinément sous la cible des 2% de la Fed, à 1,4% sur un an en mai, selon l’indice PCE.

 

Certains membres du Comité monétaire, comme la gouverneure Lael Brainard, ont commencé s’inquiéter de ce manque de vigueur des prix qui pourrait contraindre la Fed à repousser la normalisation des taux. 

 

Mais la présidente Janet Yellen a récemment estimé qu’il était trop tôt pour juger ce ralentissement de la hausse des prix qu’elle continue à attribuer à «des facteurs temporaires». 

 

De nombreux analystes en déduisent que le 3e relèvement des taux promis jusqu’ici n’interviendra qu’en décembre plutôt qu’en septembre. « Si un relèvement doit intervenir, ce ne sera pas avant décembre », a affirmé à l’AFP Tim Duy, professeur d’économie à l’Université d’Oregon.

 

Dans le même temps, le taux de chômage reste bas à 4,4% et les entreprises commencent à avoir du mal à pourvoir certains postes, même non qualifiés. L’administration Trump a même dû récemment, contrairement à son moto anti-immigration, augmenter le nombre de visas de travailleurs saisonniers pour satisfaire les entreprises. 

 

Dans ces conditions, une hausse des salaires est attendue, qui pourrait mettre en branle l’inflation, mais elle n’arrive toujours pas. «Mme Yellen et d’autres traditionalistes maintiennent l’hypothèse qu’un marché de l’emploi étroit va finir par faire monter les salaires et l’inflation», affirme, toutefois dubitatif, Tim Duy.

 

L’économiste indépendante Diane Swonk s’interroge aussi sur ces préceptes qui ne cessent d’annoncer une augmentation des rémunérations. Même au Japon, dit-elle, « ils préfèrent fermer les usines plutôt que de payer des salaires plus hauts ».

 

Regarder l’herbe pousser

 

Mais pour Randall Kroszner, ancien gouverneur de la Fed et professeur d’économie à l’Université de Chicago, la hausse des salaires puis des prix est au contraire « une présomption raisonnable » qui devrait pousser la Fed à agir à la fin de l’année. Les taux d’intérêt au jour le jour se situent pour l’instant entre 1% et 1,25%.

 

Mercredi la Fed pourrait annoncer qu’elle va commencer en septembre à réduire les actifs à son bilan, c’est-à-dire diminuer le volume de bons du Trésor et titres obligataires qu’elle a amassés après la récession de 2009 pour doper la reprise. La banque centrale veut faire fondre très progressivement ces 4.500 milliards de dollars d’actifs sans faire de vague sur les marchés financiers. 

 

Elle se souvient des turbulences qu’avait provoquées le prédécesseur de Janet Yellen, Ben Bernanke, quand en juin 2013 il avait annoncé un peu au débotté la réduction des achats d’actifs. 

 

La Fed veut cette fois-ci en faire « un événement aussi palpitant que de regarder l’herbe pousser et je crois qu’elle va y arriver », plaisante Randall Kroszner. 

 

La banque centrale semble aussi pressée d’enclencher ce long processus de normalisation de ses réserves avant la fin du mandat de Janet Yellen dans six mois. 

 

Cette question de succession pourrait également être évoquée au cours de la réunion alors que des noms de remplaçants, dont celui de l’économiste de la Maison Blanche Gary Cohn, commencent à circuler.

 

Mais pour M. Kroszner, ce ne sont «que des spéculations, car on n’a aucune information sur ce que pense le président Trump à ce sujet». 

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